Dans le cadre de la série Universitaires en éducation, nous nous sommes entretenus avec Ndala au sujet de ses recherches sur la jeunesse noire dans les contextes minoritaires francophones et de son intérêt pour l'amélioration des initiatives d'équité et d'inclusion dans les écoles. Ses travaux sont financés en partie par une bourse de la Fondation Baxter & Alma Ricard.
Racontez-nous votre parcours universitaire.
Réfugié de guerre, j’ai quitté la République Démocratique du Congo pour le Canada juste avant de commencer l’école primaire. Toute ma scolarité a donc eu lieu dans différentes communautés en contexte francophone. Cette expérience de déracinement a ancré en moi la conviction que l’éducation pouvait donner sens à mon parcours tout en nourrissant ma curiosité naturelle. Après mon baccalauréat en éducation à l’Université de Moncton, j’ai exploré diverses facettes du milieu éducatif en occupant des postes d’enseignant, de directeur de camps de perfectionnement des langues officielles et de consultant pédagogique.
Au fil de ma carrière, j’ai souvent été interpellé par la rareté des enseignants masculins racialisés et par l’effet positif que ma simple présence avait sur certains élèves se reconnaissant dans mon apparence. Devant l’hétérogénéité croissante des classes due à l’immigration, j’ai ressenti le besoin d’approfondir ma compréhension de ces dynamiques. C’est ce qui m’a motivé à poursuivre des études supérieures à la Faculté d’éducation, où je suis actuellement candidat au doctorat, dans le but de contribuer significativement aux réflexions sur l’éducation en contexte diversifié.
Et votre projet ?
Mon projet explore la négociation et l’affirmation identitaire des élèves noirs en milieu franco-ontarien. L’Ontario accueille le plus grand nombre de personnes immigrantes de diverses ethnicités noires, dont la moyenne d’âge est généralement inférieure à celle du reste de la population. Depuis la montée des mouvements pour la justice sociale suivant le décès de George Floyd, on observe un intérêt accru pour l’expérience des élèves noirs. Le gouvernement de l’Ontario a même annoncé l’introduction d’un nouvel apprentissage obligatoire sur l’histoire des Canadiennes et Canadiens noirs dans son curriculum.
Cela dit, peu de recherches offrent une perspective à jour sur l’expérience actuelle de la jeunesse noire en contexte franco-ontarien et sur l’effet des politiques d’équité et d’inclusion sur le mandat de soutien à la langue et à la culture francophone.
Mon étude de cas ethnographique menée au sein d’un comité d’élèves pour la diversité noire m’a permis de participer à la construction d’un espace francophone noir au sein de l’école, de l’observer et de l’étudier. En mettant la voix des élèves au premier plan, je cherche à comprendre comment ils se définissent au sein de l’école et comment celle-ci, par l’entremise des discours institutionnels dominants, les définit à son tour.
Qu’est-ce qui a inspiré ce travail ?
Mon intérêt pour les enjeux du vivre-ensemble en contexte francophone est enraciné dans mon vécu personnel et mes expériences professionnelles. À l’apogée du mouvement Black Lives Matter, les disparités vécues durant la pandémie ont renforcé mon engagement envers la justice sociale, m’amenant à m’impliquer dans diverses initiatives antiracistes au sein de ma faculté et dans ma communauté.
Le véritable déclic est survenu lors d’un gala du Mois de l’histoire des Noirs, où j’ai assisté à un panel en compagnie de plusieurs leaders en éducation. Ce jour-là, des élèves fréquentant des écoles ontariennes ont raconté leurs expériences scolaires avec une authenticité bouleversante. Leurs témoignages ont sensibilisé tout l’auditoire au travail qu’il reste à accomplir, au-delà des célébrations annuelles de la diversité noire.
Cette rencontre m’a donné envie d’explorer plus profondément les dynamiques contemporaines d’inclusion et d’exclusion en milieu scolaire et de comprendre comment miser sur les initiatives d’équité et d’inclusion des conseils scolaires. Je voulais contribuer concrètement à transformer ces bonnes intentions en changements significatifs pour ces jeunes, et ce, en amplifiant leur voix.
Y a-t-il eu des surprises au cours de vos recherches ?
Certainement! J’ai entamé cette recherche avec une vision légèrement pessimiste de l’accueil de la diversité en milieu francophone, anticipant une approche superficielle ou folklorique. Mes observations de terrain m’ont agréablement surpris en révélant une ouverture authentique non seulement à la diversité culturelle, mais aussi au désir de comprendre l’autre dans son unicité.
J’ai découvert que c’est souvent la peur — celle de dire la mauvaise chose, de poser une question maladroite ou d’être perçu comme une source d’oppression — qui freine les discussions profondes sur l’antiracisme en contexte scolaire. Pourtant, la volonté d’engagement est réellement présente chez plusieurs actrices et acteurs de l’éducation.
Cette découverte m’a amené à réorienter partiellement ma recherche pour explorer la façon de créer des espaces de dialogue sécuritaires où cette peur peut être abordée et surmontée afin de favoriser des interactions authentiques et transformatrices entre tous les membres de la communauté scolaire.
À qui voudriez-vous que vos travaux profitent ?
Avant tout, j’espère que les élèves qui ont participé au projet ont déjà bénéficié de cette recherche en se sentant écoutés et valorisés dans leur vulnérabilité; cette idée m’apporte une profonde satisfaction personnelle.
J’espère que mes travaux seront utiles au personnel enseignant moins familier avec les diverses ethnicités noires et désireux de mieux comprendre l’expérience de ces jeunes, particulièrement dans un contexte où les possibilités de formation sont précaires. Ma recherche décrit des pratiques prometteuses observées lors de l’émergence, l’évolution et l’épanouissement d’un comité sur la diversité noire bénéficiant aussi au cadre plus large d’une école accueillant de plus en plus d’élèves issus de l’immigration francophone.
Ces connaissances peuvent éclairer la prise de décision dans le milieu de l’éducation sur la façon d’intégrer de tels espaces dans le projet éducatif commun, afin d’enrichir l’expérience de tous les élèves. À terme, je souhaite que cette recherche contribue à concevoir des espaces scolaires francophones plus inclusifs et moins fragmentés, où chaque élève peut s’épanouir pleinement dans toutes les dimensions de son identité, sans avoir à choisir entre différentes appartenances culturelles ou linguistiques.
Pourquoi l’Université d’Ottawa ?
J’ai choisi l’Université d’Ottawa d’abord pour son campus dynamique que j’avais visité auparavant, mais surtout pour la liberté intellectuelle et les occasions de leadership qu’elle offrait. La Faculté d’éducation correspondait parfaitement à mes aspirations.
Durant ma maîtrise, j’ai cofondé un Groupe d’action contre le racisme noir·e·s (GACRAN) qui m’a permis d’animer des ateliers de formation sur l’antiracisme, de publier des ressources pédagogiques et de lancer Voix Amplifiées, une revue académique conjuguant équité, diversité, inclusion et francophonies.
Ces expériences ont certainement enrichi ma formation en conciliant militantisme et recherche, tout en élargissant mes occasions de réseautage. Enfin, elles m’ont permis d’acquérir les compétences nécessaires pour me préparer à relever de nouveaux défis professionnels.