Face à l’augmentation des risques de tuberculose, une équipe dirigée par l’Université d’Ottawa examine les coûts exorbitants des soins liés à cette maladie dans le monde entier

Par David McFadden

Rédacteur scientifique, Université d'Ottawa

TB
Une équipe de recherche se penche sur le coût réel de la lutte contre la tuberculose dans le monde, à l’heure où l’aide étrangère s’amenuise et que des millions de personnes sont davantage exposées au risque de cette maladie infectieuse extrêmement meurtrière.

Nous vivons une période particulièrement difficile dans la lutte contre le fléau persistant et croissant de la tuberculose (TB), une maladie transmise par voie aérienne, causée par une bactérie, qui tue plus de personnes que toute autre maladie infectieuse, bien qu’elle soit évitable et guérissable.

La pandémie de COVID-19 a entraîné un sérieux recul des progrès enregistrés en matière de lutte contre la tuberculose en raison de la réallocation des ressources.  Aujourd’hui, la réduction de l’aide étrangère par le gouvernement américain, qui avait largement soutenu les efforts internationaux de prévention et de traitement de la tuberculose, risque d’entraver l’accès aux soins liés à cette maladie chronique et d’augmenter ses probabilités de propagation et les risques de développement d’une résistance aux médicaments

Conséquence : des millions de personnes, en particulier les plus vulnérables, sont davantage menacées.

Aujourd’hui, une étude collaborative  menée par une équipe de la Faculté de médecine de l’Université d’Ottawa, guidée par une épidémiologiste et économiste de la santé, tire la sonnette d’alarme sur les « coûts prohibitifs » des soins liés à la tuberculose. Résumant les données actuelles, les nouveaux travaux indiquent que, bien que beaucoup de pays offrent un traitement gratuit contre la tuberculose, de nombreuses personnes atteintes de cette maladie doivent encore débourser des sommes considérables pour avoir des soins.

Dirigée par l’autrice principale la Dre Alice Zwerling, professeure agrégée à l’École d’épidémiologie et de santé publique de la Faculté de médecine de l’Université d’Ottawa, l’équipe internationale a réalisé une revue systématique destinée à éclairer les décisions sur le fardeau des patientes et patients et les soins rentables liés à la tuberculose. 

Zwerling
La Dre Alice Zwerling

Pour les responsables politiques et de la santé publique, les revues systématiques telles que cette nouvelle collaboration constituent un élément essentiel de la lutte contre cette maladie chronique, car les programmes de recherche, de traitement et de prévention de la tuberculose sont à court d’argent et les investissements nécessaires sont considérables. 

Cette « maladie de la pauvreté », comme on la nomme communément, remonte à des temps anciens et est causée par une bactérie,le Mycobacterium tuberculosis, qui infecte les poumons et se transmet rapidement lorsque des personnes infectées toussent ou éternuent.

La revue réalisée par l’Université d’Ottawa et portant sur 76 études, toutes menées dans des pays à revenu faible ou intermédiaire, à l’exception d’une seule, a été publiée aujourd’hui par Plos Global Public Health, un forum mondial percutant en libre accès axé sur la recherche en santé publique. L’équipe de presse du journal a sélectionné l’article pour en faire un numéro spécial et l’a présenté dans le cadre d’un effort de sensibilisation des médias.

Voici une des façons dont l’étude décortique les coûts de traitement de la tuberculose : pour les patientes et patients de la tuberculose ayant développé une résistance aux médicaments, le coût total moyen des soins s’élève à 3 617 dollars. Pour les malades de la tuberculose ayant développé une sensibilité aux médicaments (DS-TB), le coût total moyen est de 1 083 dollars. Il s’agit là en effet de coûts « catastrophiques » dans de nombreuses régions du monde, où ces sommes représentent plus de 80 % du revenu mensuel des ménages.

« Malgré la gratuité du traitement de la tuberculose, les patientes et patients continuent d’assumer des charges importantes, ce qui entraîne une instabilité économique.  L’amélioration de l’accès aux tests de résistance aux médicaments et la mise en œuvre d’approches plus actives de recherche de cas dans la communauté pourraient réduire de manière significative les coûts prohibitifs que doivent payer les patientes et patients de la tuberculose », affirme la Dre Zwerling.

Selon elle, la gratuité des soins liés à la tuberculose dans certaines régions du monde peut souvent conduire à des malentendus et à une sous-estimation des dépenses réelles supportées par les patientes et patients.  Par exemple, la Dre Zwerling indique que la perte de salaire subie par ces personnes en raison de l’hospitalisation ou de l’isolement obligatoire pendant les longs parcours de diagnostic ou de traitement peut avoir un « impact dévastateur » sur les finances d’un ménage. 

« Au regard de la suppression progressive des services consécutive aux difficultés de financement dans le climat politique actuel, ces parcours deviendront de plus en plus longs, compliqués et coûteux pour les patientes et patients tuberculeux en quête de soins, ce qui entraînera probablement des retards de diagnostic et de traitement, une transmission communautaire continue et des répercussions économiques négatives pour la société », ajoute-t-elle.

Comment cette étude qui arrive à point nommé pourrait-elle aider les responsables politiques et la communauté de soins de santé à élaborer des stratégies durables d’atténuation de la tuberculose? Ce travail répertorie plusieurs domaines d’intervention pour réduire et éviter les coûts pour les patientes et patients, comme indiqué dans la « Stratégie d’éradication de la tuberculose » de l’Organisation mondiale de la santé.

Selon la Dre Zwerling, il s’agit notamment de donner la priorité à la recherche active des cas, ce qui permettra également de réduire la transmission dans la communauté et d’améliorer les taux de notification des cas, et de faciliter l’accès aux tests de résistance aux médicaments, pour lesquels il existe un certain nombre de nouvelles solutions prometteuses.

En outre, l’équipe de collaboration prévoit de mener des enquêtes similaires sur les coûts pour les patientes et patients afin de comprendre le fardeau financier qui pèse sur les personnes atteintes de tuberculose dans le nord du Canada, au Nunavut, et dans des régions d’Afrique subsaharienne.