Nous avons discuté avec la professeure Lewis et son groupe de leur expérience d’étude de la biodiversité des terres humides de la région, pour savoir comment celle-ci avait influencé leur compréhension du rôle que pourrait jouer l’enseignement des sciences en cette ère de dérèglement climatique.
Le « sens du lieu » et la « vision à deux yeux »
Avant de monter à bord de l’autobus qui allait les conduire à l’aire de conservation Baxter, les vingt personnes inscrites au cours de la professeure Lewis avaient fait leurs devoirs et maîtrisaient les notions de base de l’éducation axée sur le lieu et des perspectives scientifiques autochtones.
Les étudiants et étudiantes ont pris connaissance de la recherche portant sur l’éducation axée sur le lieu et appris en quoi les interactions avec les milieux naturels de proximité renforcent le lien avec certains endroits particuliers et créent un sentiment d’appartenance. Le terme « sens du lieu » est aussi venu enrichir leur vocabulaire de la pédagogie des sciences; il s’agit d’un concept scientifique clé qui explique comment les humains construisent le sens et s’attachent émotivement aux lieux. Les études montrent que ces sentiments peuvent inspirer l’adoption de comportements pro-environnementaux et accroître l’engagement citoyen envers des pratiques de développement durable.
« Grâce aux lectures recommandées par notre professeure, nous avons appris ce qu’était l’éducation axée sur le lieu et son importance pour le Canada, étant donné l’histoire de notre pays », dit une personne pour qui cette approche était nouvelle. « Avant de suivre ce cours, je ne connaissais pas ce concept si intéressant qui nous fait voir la nature du point de vue de différentes cultures. »
En préparation à la sortie, la chercheuse autochtone Karen West qui enseigne les sciences, est venue parler de la « vision à deux yeux », un terme de recherche ayant gagné du terrain dans les dernières décennies et qui nous montre à « voir d’un œil la force des connaissances et des manières de faire autochtones et, de l’autre œil, la force des connaissances et des façons de faire occidentales, puis de mettre en commun la vision des deux yeux pour le bien de tous ».
L’une des étudiantes a résumé la présentation, sous forme de « schéma rapide », pour partager ses impressions sur les points de vue autochtones de l’enseignement des sciences. D’autres ont dit vouloir intégrer l’idée de la « vision à deux yeux » à leur propre répertoire de méthodes pédagogiques.
Apprendre des arbres
« Une chose que j’ai aimée de cette sortie sur le terrain était de me trouver dans la nature et de l’explorer avant d’étudier les répercussions des changements climatiques sur les écosystèmes. Ça met les choses en perspective beaucoup mieux qu’un cours magistral »; c’est ainsi que l’une des personnes inscrites au cours décrit l’apprentissage en nature, pour ensuite ajouter : « Ça change tout parce qu’on étudie le lien entre ce qui arrive aux frênes et les causes de mortalité, puis on observe les effets directement sur un arbre plutôt que juste en classe sur un écran. »
Une autre étudiante a établi un rapprochement entre les arbres et son histoire familiale. « Au moment de quitter l’aire de conservation, j’ai remarqué un arbre touché par la sésie du frêne, une espèce invasive qui a décimé les populations de frênes partout au Canada. Ça m’a interpellé personnellement parce que, quand j’étais enfant, nous avions un frêne devant chez nous et il a dû être coupé à cause d’une infestation », raconte-t-elle.
« C’était il y a presque 20 ans. Je pensais que le problème avait été réglé, mais j’ai vu que la maladie était encore très présente dans l’aire de conservation », ajoute-t-elle.
La crise climatique dans notre cour
Comme elles insistent sur l’apprentissage participatif et immersif au sein des écosystèmes locaux, les approches de l’éducation axée sur le lieu et de la « vision à deux yeux » occupent aujourd’hui une place essentielle dans le programme. Les futurs enseignants et les futures enseignantes dans le cours de la professeure Lewis ont constaté à quel point la combinaison de ces approches confère une dimension toute personnelle à l’action climatique, autant pour eux que pour les élèves qui seront un jour dans leur classe.
« On se l’est fait dire mille fois : nous vivons une crise climatique, ça va mal, et on voit concrètement les conséquences de la perte de biodiversité. Les changements climatiques ont des répercussions à l’échelle planétaire, mais aussi à Ottawa, en Ontario », dit une personne en première année d’étude. « Ce n’est pas à l’autre bout du monde. Ça se produit dans ma propre ville. »
Selon une autre personne, le fait d’observer les conséquences des changements climatiques dans leur région peut provoquer une prise de conscience chez les jeunes. « La crise climatique est indéniable et il est plus important que jamais de sensibiliser les gens. Nous devons viser en priorité la jeune génération, car ce sont les jeunes qui continueront la lutte. »
Cette même personne ajoute : « S’ils créent des liens avec la nature et en admirent directement la beauté, mais qu’ils voient aussi les effets des changements climatiques, j’espère qu’ils auront envie de prendre soin de la planète. »
Le Jour de la Terre, tous les jours
Le premier Jour de la Terre a été célébré en 1970, il y a plus de 50 ans. La plupart du temps, c’est à l’école que les jeunes et les enfants soulignent pour la première fois cet événement annuel.
« À travers l’enseignement, nous pouvons transmettre au quotidien notre passion pour l’environnement et notre attachement à la Terre », explique la professeure Lewis.
« La nature est amusante, revigorante. C’est un cadeau à faire à vos étudiants et étudiantes [en enseignement] que de leur montrer à apprécier la nature et à en prendre soin afin qu’à leur tour, ils et elles transmettent ces idées à leurs propres élèves. Certaines personnes ont peut-être déjà vécu ce genre d’expériences, mais je voulais donner la chance à tous et à toutes de le faire. Je remercie la Faculté de m’appuyer et de rendre possibles des sorties d’éducation axée sur le lieu comme celle d’aujourd’hui », conclut-elle.